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Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique ! – Information – France Culture

Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique ! 75
09.01.2013 – 07:36

       C’est une information extraordinaire, dont les conséquences sont immenses, mais qui fait beaucoup moins parler que les dérives pathétiques d’un acteur célèbre. Un rapport de quarante quatre pages signé par un économiste en chef du FMI, un français, Olivier Blanchard. Il dit tout simplement que les plus hautes instances économiques mondiales et européennes se sont plantées en imposant, au nom de la science, l’austérité à toute l’Europe.
       Ce que dit Olivier Blanchard, c’est que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant au désendettement radical, et au retour sacré à l’équilibre budgétaire, comportaient une erreur au niveau, je cite, du multiplicateur fiscal. Pour simplifier beaucoup, ce modèle mathématique, donc incontestable, prévoyait que lorsqu’on retire un euro dans un budget il manquerait un euro dans le pays concerné. Or c’est faux. Pour des raisons qui tiennent à une réalité parfaitement triviale, et qui est que les hommes sont humains, cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont abouti à ce que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.
       Multipliez par des milliards, et vous comprendrez pourquoi l’austérité imposée à coup de sabre par des troïkas savantes n’a conduit qu’à plus d’austérité, plus de chômage, et plus de récession.
       L’équation était fausse, ce qui est remarquable en soi, surtout quand on songe au Mississipi, que dis-je, à l’Amazone de leçons d’austérité péremptoire, délivrées chaque minute, sur toutes les antennes, et dans tous les journaux, par des commentateurs sûrs d’eux et dominateurs.
       Mais le plus incroyable est ailleurs.
       C’est qu’il ait fallu s’apercevoir que quelque chose clochait dans une équation pour découvrir que quelque chose n’allait pas dans la vraie vie. Un peu comme si on assistait à des accidents de la route en chaîne et qu’on ne donnait pas l’alerte tant qu’un modèle mathématique ne disait pas que c’était des accidents.
       On ne peut pas aller plus loin dans le triomphe de la technocratie. Il a fallu qu’un expert constate un problème avec un coefficient multiplicateur pour que ce qui saute aux yeux soit perçu par nos cerveaux. L’Europe est à la traîne, son chômage bat des records, sa croissance est en berne, la pauvreté s’installe, bref la voiture est dans le fossé, mais peu importe, on ne change pas de politique puisque c’est la seule et qu’en vouloir une autre serait une demande ignare.
       Les ignares vous saluent bien, mais les dévots de l’austérité n’ont pas rendu les armes. L’histoire de l’équation commence à cheminer, on en a parlé dans le journal de France 2 hier soir, l’Humanité l’a évoquée, le Washington Post aussi, mais elle ne fait pas encore la une. C’est qu’on ne renonce pas d’un jour à l’autre à une idéologie. Même vermoulus les murs de Berlin ne s’affaissent pas d’un jour à l’autre.  
 

Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique ! – Information – France Culture
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La supercherie de la dette en une page

http://www.ufal.info/lettres/ufal_flash-143.htm#titre-2

La supercherie de la dette en une page

par l’UFAL 
Union des FAmilles laïques 
http://www.ufal.org

Quelques repères historiques

À partir du milieu des années 60, le taux de profit diminue pour atteindre un minimum au début des années 80. La réaction des possédants est radicale et brutale, c’est le tournant néolibéral dont les deux principaux promoteurs politiques sont Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Commence alors un vaste programme mondial, dans lequel la France s’engouffre, de déréglementations, de privatisations, de régression de la protection sociale. Le chômage est maintenu volontairement élevé et les inégalités se creusent avec une précarité croissante. La part des revenus du travail dans la richesse produite chute d’environ 10 points de PIB en 25 ans dans la plupart des pays industrialisés. Le taux de profit se redresse et la financiarisation de l’économie devient incontrôlable.

Deux dates clés sont à connaître concernant la Banque de France. En 1973, une loi est votée pour obliger l’État à emprunter sur le marché obligataire moyennant des taux d’intérêt : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ». En 1993 une nouvelle loi décide l’indépendance politique de la Banque de France : « Il est interdit à la Banque de France d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise public. L’acquisition directe par la Banque de France de titres de leur dette est également interdite ».

Autre date clé, c’est la suspension de la convertibilité du dollar en or en 1971 par Richard Nixon, supprimant ainsi toute possibilité d’étalonner les monnaies.
Un emballement dogmatique qui mène à une crise prévisible
Les nouvelles bases ainsi posées pour continuer à augmenter le profit tiré d’un système productiviste entraînent mécaniquement un recours des particuliers à l’endettement pour compenser la dégradation de la condition salariale, plus ou moins selon que le niveau de protection sociale et les mécanismes de redistribution sont développés.
En parallèle, la part de l’économie réelle ne cesse de diminuer dans la finance mondialisée, toutes les activités humaines deviennent prétextes à marchandisation et spéculation, et les États se privent d’une partie des recettes qui leur permettent d’assurer leurs missions d’intérêt général.
Les « bulles » gonflent et éclatent les unes après les autres, les dettes sont transformées en produits financiers qui s’échangent et se vendent sans aucune retenue ni limite et viennent ainsi gangrener l’économie réelle.
Comme tout système instable finit inéluctablement par atteindre un point de rupture, ce qui devait arriver arriva, avec l’enchaînement que nous connaissons : crise des subprimes au EUA en 2007, faillite de la banque Lehman Brothers en 2008 avec réactions en chaîne dans le secteur bancaire, transformation des dettes privées en dettes d’État pour éviter l’implosion du système financier, et aujourd’hui, imposition de la rigueur (augmentation des impôts, baisse de la protection sociale, baisse de la dépense publique en proportion de la richesse produite, donc réduction des services publics, etc.) qui aura le même effet qu’une saignée pour guérir un anémié.
Tout a donc été fait pour préserver un système financier qui marche sur la tête et sauvegarder les intérêts d’une oligarchie pourtant responsable du désastre actuel. Pour y parvenir, il s’agit maintenant de faire payer aux peuples les errements de leurs dirigeants. C’est donc une double peine qui est appliquée au plus grand nombre : les désastres socio-économiques du néolibéralisme, et maintenant la facture d’une tentative désespérée de son sauvetage. Mais c’est aussi un recul de la démocratie et une dépolitisation poussée à l’extrême (la « règle d’or » en sera le point d’orgue), alors que la crise représentait une opportunité de construire une nouvelle économie qui réponde aux besoins en garantissant le progrès social et la sauvegarde de notre planète.
Ils ont choisi la crise, à nous de refuser de payer et de construire un autre monde, sans eux.